12.01.2011
Hommage à un ami cubain qui aurait dû survivre à Fidel Castro
L'appartement d'Abalo, au numéro 509 de la rue Virtudes, dans le centre de La Havane, est un agréable capharnaüm. Carrefour inévitable de rencontres entre opposants, ici les gens passent, restent parfois, pour prendre un café, fumer un cigare. Pour atteindre l'appartement, il faut monter deux étages puis suivre un étroit couloir en extérieur. Au fond, la porte est toujours ouverte. On entre alors dans le salon, qui comporte une table de cuisine contre un mur, une petite table basse recouverte de vieilles revues, une bibliothèque, la bibliothèque Henry Reeve, remplie d'ouvrages de psychologie, de philosophie, d'histoire, de littérature classique cubaine, espagnole, latino-américaine, allemande, française. Sur la table de la cuisine, au milieu d'une myriade d'appareils électroniques, une vieille radio attend d'être réparée. Meublent la pièce un canapé troué, une chaise sans dossier, un fauteuil à bascule et des cendriers dans chaque recoin. Le mur en face de l'entrée est recouvert de plusieurs horloges, dont une seule fonctionne, la collection personnelle d'Abalo. Des photos également, d'amis opposants, des enfants, le poster d'une campagne contre le sida, un autre pour la paix et des affiches avec des slogans d'opposition : « Yo no coopero con la dictadura »[1]. Un vieux chien est toujours couché dans un fauteuil ou par terre dans un coin du salon, sauf lorsqu'il se lève pour faire la fête aux visiteurs et leur lécher les jambes, en leur laissant au passage quelques puces. Il est à l'image de cet appartement, crasseux et décharné, mais accueillant. Abalo, hôte des lieux, accueille tous et toutes dans ce vieux salon, leur propose un siège, offre du café et des cigarettes.
A soixante-dix ans, Abalo en paraît dix de plus quand je fais sa rencontre, en mars 2009. Les cheveux et les ongles sales, les yeux rougis par l'alcool, la peau ravinée par les ans et le tabac, il porte invariablement le même t-shirt taché et le même short troué, marchant pied-nus la plupart du temps.
D'après Robertico, son ami et fils adoptif, les deux ans et demi de geôle somalienne ont durement marqué l'esprit du vieil homme. Difficile parfois de démêler dans ses paroles le vrai du faux. Abalo fait parfois preuve d'une grande clarté d'esprit et d'une érudition impressionnante, pour ensuite se perdre dans des illusions grotesques, racontant par exemple qu'il est un ami intime d'Angela Merkel. Il emmêle quelques fois ce qu'il lit et ce qu'il a vécu, donnant à son discours un côté bien souvent fantasque. Pourtant, on devine sous les cicatrices un esprit vif et une grande intelligence, une immense mémoire, et surtout une générosité sans précédent, qui le font aujourd'hui durement regretter.
Abalo est mort le 7 janvier 2011, à soixante-douze ans, d'une tumeur de la gorge. Il était un père de l'opposition cubaine, amoureux de Martí, il aurait rêvé de voir Cuba libre, et Castro mourir avant lui. En hommage à cet homme, je transcris ci-dessous notre entretien du 17 mars 2009, chez lui. Il ne m'était pas nécessaire (ni vraiment possible) de poser beaucoup de questions. Je retranscris donc les paroles presque intactes, dans toute leur confusion, si caractéristique de l'homme qui les profère.
« Quand j'étais au Lycée, j'ai fait un concours d'histoire universelle sur la France, et j'ai été invité par le gouvernement français en 1958. La vie de Robespierre, Fouchet, Napoléon, Joséphine, Charles de Gaulle, Emile Zola avec le procès Dreyfus. J'ai toujours aimé la France. Bon excusez-moi, on va commencer, mais c'était pour vous dire que j'aime la France. Et j'ai gagné ! 100 points exactement ! Depuis l'embassade m'invite toujours de temps en temps.
J'ai été prisonnier il y a peu. Ils m'ont frappé. Parce que nous avons fondé une agence ici. Tu as un appareil photo ? Prends des photos ! C'est ici le siège de l'agence, modeste. Je suis modeste, mais ici c'est ta maison. Ici, on donnait des cours. De philosophie, de mathématiques, de sciences, de physique, d'anglais, d'allemand, de français, d'espagnol, de latin. Les professeurs venaient ici. Mais maintenant ils sont tous prisonniers, sauf moi. Ils purgent 20, 25 ans...
Ah oui ! Mon nom c'est Abalo, José Abalo Pérez. Roberto de Jésus Guerra vit ici, pour l'instant il est à Camaguey. C'est comme un fils pour moi, un journaliste excellent, le directeur de cette agence. Il rentre ce soir. Viens le voir demain ! En ce moment il y a beaucoup à faire, il y a des problèmes avec les Dames en Blanc.
Moi ils m'ont arrêté, ils ne me laissent plus voir mon petit-fils. Trois patrouilles pour venir chercher un homme de soixante-dix ans...
Mon grand-père c'est lui qui a affamé Fidel Castro. Ma mère a dû s'exiler, à soixante ans. Et ensuite j'ai dû m'exiler moi aussi, deux fois aux Etats-Unis, j'ai vu mon frère qui travaille pour la Radio Marti, il est journaliste là-bas. Du coup ils m'ont interviewé.
Et donc quand ma femme est morte, ils nous ont donné le visa. Ma femme, la mère de mes enfants, j'ai dû la veiller ici parce qu'ils ne m'ont pas laissé sortir pour l'enterrement. Je n'ai pas pu aller à l'enterrement ! Elle s'appelle Marta Inés Martínez Barrinat. La mère de tous les prisonniers ici à Cuba. Ils ont peur de moi.
Plus de 100 000 jeunes sont prisonniers. Ici à Cuba il y avait 27 prisons. Aujourd'hui plus de 200.
Ce matelas je l'ai fait hier. On apprend à se débrouiller. Je ne l'ai pas acheté, j'ai trouvé des choses dans la rue.
Quand tu auras le temps, il faut que tu lises Nana d'Emile Zola, une vraie merveille !
Fidel
est un terroriste. Ils ont fusillé des jeunes de 15 ans. Ils en ont tué un pour une goyave, il est entré sur un champ pour prendre une goyave, et les gardes, les communistes, ils l'ont tué, ils l'ont fusillé. C'était dans l'Est de Cuba. Moi je suis déjà vieux, mais je souffre de voir qu'il y a toujours plus de policiers, et de plus en plus corrompus, parce que le gouvernement est plus corrompu. Fidel est un des dix plus grands millionnaires de ce monde. Moi j'ai eu des problèmes, j'ai été prisonnier en Somalie 37 mois. En Somalie.
Ma femme est morte il y a cinq mois, la mère de mes enfants. On est allés à la pharmacie, mais les médicaments sont trop chers. Il n'y a pas de médecins ici, c'est un mensonge ! Tous les médecins sont au Venezuela ! Et c'est comme ça, qu'est-ce qu'on peut faire ? Ma femme allait de plus en plus mal, ici il y avait Robertico, sa femme. On est allés voir le médecin mais il n'y avait pas de médecin. Pas une infirmière. On est allés à l'hôpital et il y avait une jeune fille, une guatémaltèque en quatrième année de médecine, c'est elle qui est venue ici. Et puis le Docteur Darsi Ferrer[2], un médecin exceptionnel. Il a dit « Ecoute Martica, il n'y a pas d'autre choix, il faut acheter le médicament ». Alors je suis allé l'acheter. 27 dollars! J'ai pris une montre à moi qui m'avait coûté 130 dollars et j'ai dit au type « donne-moi 50 dollars pour ça » et j'ai pu acheter le médicament. Je l'achète, et à cinq heures de l'après-midi elle décède. Robertico a appelé, pour diffuser la nouvelle, parce que ma femme était très appréciée de toutes les ambassades. Le cimetière était plein ! Robertico a pu y aller. Ils ont laissé ma femme mourir ici. A l'enterrement, il y avait plus de membres de la police secrète que d'entre nous. Quand nous arrivons au cimetière, ils ne m'ont pas laissé entrer, ils m'ont dit que je ne devais pas quitter mon domicile. Ils ne m'ont pas laissé aller au cimetière. C'est un crime ça...
Quand la Révolution a commencé, oui j'avais de l'espoir. J'ai lutté, j'avais 15 ans. Ma famille était bien éduquée, j'ai passé mon bac, tout. Les deux premières années j'y croyais...parce que Batista était le parrain de Raúl. On avait de l'espoir. En 1961, je me suis rendu compte, ma famille aussi, mais on a continué à espérer. J'ai commencé à travailler comme ingénieur, on travaillait dur parce qu'on avait tout à rattraper dans ce domaine, en ingénierie civile. Ils ont voulu m'embaucher pour la sécurité de l'Etat, mais j'ai refusé.
Il faut voir le monde tel qu'il est : ils ont peur de nous parce que nous leur disons la vérité. Dans mon cas, ils me respectent parce que je suis connu, dans le monde entier.
Tu vois, 90% de ce qu'ils disent sur la Révolution est faux. Les principaux personnages ont été fusillés. Beaucoup de choses ont été supprimées de l'histoire. Ce ne sont pas des communistes qui ont fait la Révolution, ce sont des bourgeois. Et beaucoup de communistes ont quitté ce pays. Les hommes illustres qui voulaient faire quelque chose ici n'étaient ni pour Batista, ni pour Castro, ils étaient pour Martí, les idéaux de Martí. Fidel a trahi la Révolution. Che Guevara est un assassin. Il a assassiné des milliers de personnes, un personnage répugnant.
25 000 jeunes ont voulu quitter Cuba, j'ai les chiffres. Et qu'est-ce qu'ils ont fait ces gamins ? Ils se sont noyés, ou on les a fusillés. Trois jeunes de 15 ans, 17 ans et 19 ans, ils les ont fusillés.
Moi, je ramassais des bouteilles dans la rue pour pouvoir manger, je n'ai pas honte de le dire. L'explosion est là, tout près. Il y a eu une grève à Santa Clara, pour un prisonnier, les gens sont sortis dans la rue. Il y en a qui n'ont pas peur, comme en 1994 et tous ces gens qui sont descendus dans la rue ! On distribue des papiers dans la rue la nuit, qu'ils nous envoient de l'extérieur.
Moi, je devrais être à la retraite, pas à balayer les rues jour et nuit. Je dois travailler, pour la liberté de ces gens-là. »
[1] « Moi je ne coopère pas avec la dictature »
[2] Darsi Ferrer est médecin, journaliste et opposant. Il ne peut plus pratiquer officiellement mais continue d'intervenir auprès de ceux qui le demandent. Il a passé plusieurs mois en prison en 2010, sans procès
20:21 Publié dans Opposition politique en régime autoritaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cuba, droits de l'homme, dictature, dissidents cubains, dissidence, fidel castro, josé abalo pérez
13.12.2010
La liberté des bannis

« En prison je me suis cousu la bouche huit fois avec un fil de fer. De cette épaisseur (il montre la pointe d'une fourchette). C'est une grève de la faim qui attire l'attention, car chaque jour dans le monde quelqu'un se met en grève de la faim. Mais ce n'est pas tous les jours qu'on se cout la bouche. »[1]
Juan Carlos
Welcome
Qu'est-ce que l'exil? Un dimanche de novembre, une banlieue sud de Madrid. Un lieu, un centre d'accueil pour réfugiés au cœur d'une zone industrielle désaffectée. Pour s'y rendre depuis le centre de la capitale, il faut prendre le métro, une quarantaine de minutes jusqu'à la station Sierra de Guadalupe. Puis il faut prendre une des deux lignes de bus, qui passent toutes les 20 à 30 minutes. Sauf le dimanche, où une seule est active, et cette fois le bus passe toutes les 45 minutes. Si on vient de manquer le dernier, la meilleure solution est encore de marcher ; cela permet de découvrir les environs, qui ne sont qu'absence. Absence de commerces, absence de personnes, absence de vie. Après une bonne demi-heure de marche, à l'extrême limite d'une rue qu'on n'imagine que pluvieuse, on arrive face à ce bâtiment au nom improbable : l'hôtel Welcome.
Au Welcome, le long des couloirs verts pâles s'alignent les portes des chambres, des pièces sans cloisons dans lesquelles dorment des familles entières. Les sanitaires sont communs, ainsi que le réfectoire, dont les horaires fixes doivent être respectés. La salle commune fait office de bureau, de salle de jeux pour les enfants, de salon de repos, de discussions, de lecture. A peine la taille d'une salle de classe, quelques fauteuils et une table. Dans le fond, une autre salle, avec une télé, la même pour tous. Cubains, Nigérians, Algériens, Nicaraguayens, Irakiens, Camerounais, et bien d'autres origines se côtoient au Welcome. Dans l'ensemble il ne semble peser aucune atmosphère d'hostilité, bien que les échanges entre nationalités et familles soient plutôt limités. Ce n'est pas de l'indifférence, juste une indisponibilité à l'échange.
Parmi ces gens, il y en a quelques uns qui ont fait plus que passer dans ce lieu où on ne reste normalement que dix à quinze jours au plus. Cinq familles cubaines y résident depuis plus de quatre mois. Ce sont les familles de cinq ex-prisonniers politiques, dissidents emprisonnés au printemps 2003 au cours d'une vague de répression, libérés à l'été 2010 après des négociations entre les autorités et l'Eglise cubaine. Un accord avec le gouvernement espagnol leur a permis d'être transférés directement de la prison à l'Espagne, avec la condition de ne jamais remettre les pieds au pays. Salida Definitiva (sortie définitive), clame leur passeport. Une libération sans retour : « libres » dans le monde, excepté sur leur propre terre.
L'exil, pas l'asile
Aujourd'hui, ils ont obtenu l'exil, pas l'asile. Selon les dissidents interrogés (Ricardo, Juan Carlos, Victor, Normando et Julio César) il est clair que le gouvernement espagnol refuse d'accorder le statut de réfugié politique aux cubains car il s'agirait d'un geste fort à l'adresse des frères Castro. Accorder l'asile politique, c'est reconnaître qu'ils étaient en danger dans leur pays et que ce dernier n'est pas en mesure d'assurer leur sécurité. Ce qu'on leur propose en Espagne, c'est un simple statut de réfugié, sans mention de politique, donc sans remettre en cause la responsabilité du pays d'origine. S'ils acceptent, les procédures administratives sont beaucoup plus rapides : logement, sécurité sociale, permis de travail, deviennent alors accessibles en quelques semaines. Mais les ex-prisonniers rencontrés refusent ce qu'ils considèrent comme une solution indigne, après tant de lutte politique et d'années sacrifiées derrière les barreaux. Ils refusent qu'on les considère comme de simples immigrants, comme s'ils avaient traversé l'Atlantique en radeau pour aller faire fortune sur le Vieux Continent.
« Douze ans et demi de prison. Quarante-trois points de suture. Et les coups. Pour ma rébellion, pour dire la vérité ! C'est une vengeance, c'est évident ! Ordres de La Havane, et le gouvernement espagnol refuse d'affronter cette dictature. [...] On nous a trompés, ce n'est pas ce qu'ils nous ont dit à La Havane, les prestations...J'ai pensé que ce serait autrement, avec le passé que j'ai. Je suis là, après tant de lutte, et être ainsi méprisé par ce gouvernement. C'est incroyable, inconcevable, je croyais en quelque chose de mieux. Jamais je n'aurais pu imaginer que toute la lutte d'un homme, qui a consacré sa vie entière à cela, toute ma jeunesse derrière des barreaux...et que j'en arrive à être réduit à un tel niveau d'infériorité...C'est douloureux. »[2]
Juan Carlos
«Je suis arrivé ici parmi les premiers, j'ai dû aller au bureau pour demander l'asile. [...] Ils m'ont dit tout simplement qu'ils n'avaient pas encore déterminé car il fallait étudier (le dossier). Moi je ne sais pas ce que c'est qu'ils doivent étudier. Pour affirmer et s'assurer de façon consensuelle que je suis un exilé politique. Parce que si j'avais été en train de danser dans une discothèque, ou de boire une bouteille de rhum sur le Malecón, là il faudrait vérifier. Mais je fais partie de ces personnes qu'ils ont condamnées à 15 ans de privation de liberté avec le décret-loi de l'année 1999, qui stipule bien clairement les délits « contre la sécurité nationale », qui ont été appliqués exclusivement contre les 75 du Printemps Noir à Cuba, et contre personne d'autre. »[3]
Julio César
Ainsi, après sept années de prison au minimum, l'exil. Et dans l'exil, le déclassement, l'indifférence, la solitude et le désœuvrement. Tous, même en prison, ils étaient quelqu'un, ils luttaient pour quelque chose, écrivaient. On parlait d'eux, on les donnait en exemple du courage et de la résistance à l'oppression. On publiait leurs écrits. Aujourd'hui, après les premiers jours de gloire sous les feux des médias et l'accueil en grande pompe du gouvernement espagnol, ils se sentent laissés pour compte et ont l'impression de ne pas maîtriser leur vie, attendant qu'on veuille bien les sortir de l'hôtel.
« Nous attendons sur un bord. Et nous ne savons pas quelle route nous allons prendre, jusqu'à ce qu'ils nous le disent. Nous n'avons rien pu régler jusqu'à maintenant car nous n'avons pas l'autorisation. On reste ici toute la journée, sans rien faire. [...] L'essentiel ce n'est pas d'avoir de l'argent, c'est de régler nos problèmes, ensuite on commencerait à vivre, à chercher du travail. Moi je peux chercher du travail dans la construction, dans un magasin, balayer la rue. Ou est-ce qu'ici en Espagne je vais rester aussi prisonnier qu'à Cuba ? Nous sommes à la limite. Moi personnellement non, mais ma famille. Ils avaient une maison, ce n'était pas un palais mais c'était à nous, ils avaient leurs affaires, leur intimité. Mes fils étudiaient, maintenant ils ne font rien. Mon épouse, même si elle était persécutée, elle avait l'appui de sa famille. Maintenant elle est très nerveuse, d'être loin de sa famille, d'être dans un situation aussi incertaine»[4]
Victor
« Ma vie ici: monter descendre monter descendre. Ici toute la journée. Mais je ne veux pas rester ici, je suis dans une cage dorée certes, mais une cage. Au moins quelque chose ne m'a pas quitté, ma graphomanie : ma manie d'écrire. Avec ça je m'occupe. Parfois c'est douloureux, mais c'est pire de le taire. J'écris, c'est tout ce qu'il me reste, écrire. »[5]
Juan Carlos
Après la prison, l'incertitude
Malgré la libération, le bilan de ces années noires ce sont des hommes cassés, déprimés, fatigués de lutter aussi, comme l'exprimait plus haut Juan Carlos. Juan Carlos qui s'est cousu la bouche huit fois en prison pour protester contre ses conditions de détention, souffre de maladies de peau qui lui mangent la nuque et d'arthrose alors qu'il n'a pas quarante cinq ans. Condamné à vingt ans de prison, enfermé à des centaines de kilomètres du lieu de résidence de sa famille, il a perdu sa fille unique de 14 ans dans un accident de voiture, en 2008, alors qu'elle venait lui rendre visite en prison.
Normando, journaliste reconnu, condamné à vingt cinq ans de prison en 2003, souffre quant à lui de diarrhées chroniques dues à ses nombreuses grèves de la faim, et va encore à la selle jusqu'à dix fois par jour. Du fait de ces mêmes grèves de la faim, il a perdu plusieurs dents. Depuis, il sourit peu.
Heureusement, les élans de solidarité sont légions parmi les anonymes, et viennent illuminer le quotidien des exilés, ainsi que le raconte Julio César, ému :
« Nous avons vécu ici en Espagne grâce à des amis espagnols, nord-américains, français, cubains, qui sans nous connaître ont été très solidaires avec nous. Une responsabilité que le gouvernement espagnol avait, ou a toujours, et n'a pas su tenir. Et d'autres personnes, qui ne nous connaissent pas, nous ont aidés de façon désintéressée. Nous en sommes très reconnaissants. Vraiment, je ne sais pas s'il existe dans le monde une façon de pouvoir payer ce geste en retour. »[6]
Julio César
Pour tous, il est désormais question de trouver un équilibre, entre les espoirs suscités par leur libération et la réalité de la vie quotidienne qu'ils vont devoir se reconstruire. Si l'exil leur a rendu l'intimité de leurs proches et leur liberté de conscience, il signifie également une épreuve nouvelle, celle de l'incertitude et de la précarité.
Photo: Julio César montre son passeport avec la note: "permiso de salida definitia" http://sites.google.com/site/cardexcardex/cuba-siglo-21
[1] "Yo en la cárcel me cocí la boca ocho veces con un alambre. De este grueso. Eso es una huelga de hambre que llama la atención, porque cada día en el mundo hay alguien que hace huelga de hambre. Pero no todos los días se cosen la boca."
[2] "Doce años y medio en cárcel. Cuarenta y tres puntos de sutura. Y las golpizas. ¡Por mi rebeldía, por decir la verdad! Es una venganza, eso es más que claro. Ordenes de La Habana, y el gobierno español no quiere gritarle a esta dictadura. Pensé que iba a ser otra cosa, con el pasado que tengo. Estoy aquí, después de tanta lucha, y estar tan depreciado por este gobierno. Es increíble, inconcebible, creía en algo mejor. Jamás me podía imaginar que toda la lucha de un hombre, que ha dedicado toda su vida a esto, mi juventud entera entre rejas...y que llegue a un nivel de inferioridad tan grande...eso es doloroso."
[3] "Yo soy de los primeros aquí, tuve que ir a la oficina para solicitar el asilo. [...] Me dijeron que simplemente no habían determinado porque había que estudiar. Yo no sé qué es lo que hay que estudiar. Para afirmar y asegurarse consensualmente de que yo soy un desterrado político, porque si yo hubiera estado bailando en una discoteca, o tomando una botella de ron en el Malecón, hubiera que averiguar. Pero soy de personas a quienes echaron 15 anos de privación de libertad por el decreto ley del año 1999, que estipula bien claro los delitos "contra la seguridad nacional" que se ha aplicado exclusivamente contra los 75 de la primavera negra en Cuba, contra más nadie."
[4] "Estamos en un limbo. No sabemos que rumbo vamos a tomar, hasta que ellos lo dicen. No hemos podido resolver nada hasta ahora porque no tenemos autorización. Nos quedamos aquí todo el día, sin hacer nada. [...] La esencia no es tener dinero, es resolver nuestros problemas, después empezaríamos a vivir, a buscar trabajo. Yo busco trabajo en construcción, en un almacén, barriendo la calle. ¿O es que aquí en España voy a estar tan preso como en Cuba? Estamos en el límite. Yo personalmente no, pero mis familiares. Tenían una casa, no un palacio, pero era de nosotros, tenían sus cosas, su intimidad. Mis hijos estaban estudiando, ahora no hacen nada. Mi esposa, a pesar de ser perseguida, podía encontrar el apoyo de su familia. Ahora esta muy estresada, de estar tan lejos de su familia, estar en una situación tan incierta."
[5] "Mi vida aquí : subir bajar subir bajar. Aquí todo el día. Pero uno no quiere quedarse aquí, estoy en una jaula de oro, pero una jaula. Por lo menos algo no me ha quitado, mi grafomanía: manía a escribir. Con eso me entretengo. A veces es doloroso, pero peor taparlo. Escribo, es todo lo que me queda, escribir."
[6] "Hemos vivido aquí en España gracias a amigos españoles, norteamericanos, franceses, cubanos, que sin conocernos han sido muy solidares con nosotros. Una responsabilidad que el gobierno español tenía, o tiene todavía con nosotros, y no ha cumplimentado. Y otras personas, que no nos conocen, nos han ayudado de forma no interesada. Hay que agradecérselo. Realmente no hay forma posible alguna en la vida de poder pagar este gesto."
18:06 Publié dans Opposition politique en régime autoritaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02.07.2010
Un « Centre Spécial pour Supprimer, Arrêter et Poursuivre les Travailleurs Clandestins»

Alors que les procédures de régularisation pour les migrants de Thaïlande sont déjà un véritable casse-tête, une nouvelle loi a été adoptée le 2 juin 2010 qui rend plus délicate encore leur situation. Il semble en effet que le gouvernement Thaïlandais ait décidé de passer à l'offensive en matière d'immigration et de travail clandestin, en établissant un « Centre Spécial pour Supprimer, Arrêter et Poursuivre les Travailleurs Etrangers Travaillant Clandestinement »( Special Centre to Supress, Arrest and Prosecute Alien Workers Who Are Working Underground). L'application de cette loi est immédiate, 346 Birmans auraient déjà été arrêtés dans la seule ville de Bangkok entre le 16 et le 19 juin.
Dans la province de Phang Nga, au sud de la Thaïlande, les premiers concernés sont également les immigrés Birmans, dont on estime la population à plus de 100 000 personnes.
Grassroots HRE (Human Rights Education and Development), première organisation indépendante reconnue par le gouvernement, créée par et pour des Birmans, vient en aide quotidiennement aux travailleurs Birmans, nombreux dans la région, confrontés aux difficultés que leur confère leur statut de migrant.
Beaucoup d'entre eux ont quitté une Birmanie appauvrie et répressive pour retrouver un travail et subvenir correctement aux besoins de leur famille. Or, comme l'écrit Htoo Chit, créateur et directeur de Grassroots HRE, dans son dernier article, « Is there such a thing as "illegal" human being ? » (http://www.ghre.org/en/news/364-is-there-such-a-thing-as-...), de nombreux migrants ne se régularisent pas par peur d'être arrêtés et renvoyés dans leur pays d'origine. D'autres sont menacés par leurs employeurs qui préfèrent les faire travailler clandestinement pour des raisons financières et pour éviter toute organisation de type syndicale. Finalement, même ceux qui sont en procédure de régularisation peuvent vivre dans la peur, car ils manquent de confiance dans les autorités Thaïlandaises, qui se sont parfois révélées extrêmement répressives envers les migrants.
C'est pour cela que Grassroots HRE, depuis sa création, se mobilise pour l'aide légale aux migrants.
Fin avril 2010 par exemple, un atelier de formation de deux jours a été organisé, animé par un avocat spécialiste de droit international, en coopération avec la Fondation MAP (Migrant Assistant Program). Comment collecter des faits, trouver des informations et mener une enquête en cas d'atteinte aux droits de l'homme, voilà quelques unes des questions qui ont été évoquées devant les participants.
Le reste du temps, l'activité de Grassroots HRE est beaucoup plus minutieuse et personnalisée. L'organisation intervient auprès de chaque personne, accompagnant les migrants dans leurs procédures, intervenant auprès de leurs employeurs, ou plaidant leur cause lors des arrestations, voire des emprisonnements.
Des mesures sont également prises pour informer la population Birmane de Phang Nga des évolutions législatives. Beaucoup de Birmans ne parlent pas Thai , ou encore imparfaitement, et seraient incapables de comprendre qu'une nouvelle loi les concernant a été adoptée. A travers l'émission bi-hebdomadaire animée par Grassroots HRE, « Migrant Friendship Radio Program »[1], diffusée en Birman et en Thai, les membres de l'organisation informent les habitants de Phang Nga de ces dernières nouvelles. Les mesures gouvernementales sont annoncées, commentées, expliquées, et toute personne désirant plus d'informations est invitée à appeler, soit avant, soit directement au cours de l'émission.

Dessins: HAN LAY
[1] Migrant Friendship Radio Program est diffusée le samedi et le dimanche, de 11h à 13h. L'émission est diffusée par la radio communautaire Thai Maung Community Radio Station, FM 100.75




