12.05.2010

Darsi, militant social en prison

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« J'aspire à ce que cesse toute cette souffrance et le plus tôt possible car il y a des gens qui sont à la limite. La communauté européenne attend que Raúl, attend je ne sais pas quoi, mais il y a des milliers de gens qui vont en prison tous les jours pour des bouteilles d'huile, deux petits paquets de rien. Ils te gâchent la vie et te mettent 3-4 ans. Ou alors il y a un jeune qui arrache ta chaîne parce qu'il n'a pas d'autre moyen de trouver trois dollars pour s'acheter un soda et se le boire tranquillement. Là on est dans une situation bien foutue, bien désespérante. Et il faut la régler. On n'a pas le temps d'attendre de voir si Raúl est réformiste, si le modèle chinois, si le modèle je ne sais pas quoi ! L'urgence, parce que la transition démocratique où ils nous poussent, c'est...c'est à l'explosion sociale. Parce que chaque jour se perd un peu plus cette relation Etat-citoyen, ce contrat social. Chaque jour il s'effrite. Chaque jour les gens identifient un peu plus l'Etat comme l'ennemi qui t'étouffe et pas comme cette entité sensée réguler la vie nationale. Et ça nous mène vers l'anarchie, le chaos, et cette possibilité de l'explosion, d'une fin tragique suite à 50 ans de souffrance. Et ça c'est ce que je ne veux pas. Il y a beaucoup de personnes qui le voient de façon plus pausée, plus tranquille comme s'il y avait d'autres options. Mais moi je ne le vois pas comme ça, parce que je suis dans la rue, lui est dans la rue, et il y a une grande tension sociale. Et les conséquences de l'échec du modèle. Le modèle a échoué! Et ce que nous voulons c'est ceci, que ça change! Et pour que ça change il va falloir pousser bien fort, et ne pas attendre que ça nous arrive d'en haut. »[1]

Darsi Ferrer, médecin et journaliste,

Directeur du Centre de Santé et des droits de l'homme Juan Bruno Zayas.

 

 

Le jour de notre entretien, Darsi me confiait qu'il jouissait d'une certaine notoriété à l'étranger, grâce aux activités et projets qu'il menait pour la population cubaine. Alors les autorités cubaines, tout de même sensibles à la pression de la communauté internationale, ne prendraient pas selon lui le risque de l'enfermer, car il était un médecin connu et apprécié, à Cuba et à l'extérieur.

Mais voilà, Darsi s'est trompé. Depuis le 21 juillet 2009, il est derrière les barreaux et, à ce jour, il n'a pas été jugé. Il est officiellement accusé d'avoir obtenu « illégalement » deux sacs de ciment, dans le but de rénover sa maison. Depuis ce jour, il continue à écrire des articles, nous livre ses réflexions sur la politique cubaine, mais conte également ce qu'il vit depuis sa cellule de Valle Grande (prison de l'ouest de La Havane). Il y raconte d'autres histoires, similaires à la sienne, celles d'autres opposants, d'autres détenus. Il décrit les conditions de vie des prisonniers de conscience et des autres, en dénonçant encore et toujours ce qu'il juge inacceptable.

Mais Darsi, leader des manifestations illégales du 10 Décembre pour la journée internationale des droits de l'homme,  laisse sans parrain des projets novateurs et des actions quotidiennes. Darsi n'était pas qu'un opposant, il était avant tout un médecin pour ses voisins, un militant social pour les habitants des quartiers pauvres, un sociologue qui révolutionne les méthodes de la dissidence, en s'attachant à écouter ce que le peuple cubain a à dire, en refusant de parler à sa place.

Je livre donc ci-dessous des extraits de cette interview qu'il m'a accordée chez lui, un jour de la fin du mois de mars 2009, entouré de sa femme et de son jeune fils.

 

L'entrée dans l'opposition

« Depuis que je suis né j'ai toujours entendu la réalité des violations, des injustices qui se commettaient à Cuba. Même chez moi, quand j'étais petit j'allais souvent au poste de police. "Ils embêtent mon père", et je ne comprenais pas comment mon père, un homme si apprécié dans le village, ils l'aimaient beaucoup, il aidait tout le monde, pourquoi la police le harcelait tant. Ce sont des traumatismes de l'enfance. [...] Tout petit je ne comprenais pas et j'avais peur parce que je voyais très souvent la police chez moi qui emmenait mon père. Et puis quand j'ai été plus grand il a été fait prisonnier deux ans encore pour des problèmes politiques. Et petit à petit j'ai grandi, j'ai compris, j'ai comparé, j'ai vu à quel point tout ce processus était anti-démocratique et violait tous types de droits et libertés. »[2]

« Petit à petit j'ai rencontré des gens de la dissidence, je me suis intégré jusqu'à réussir à faire le pas. Parce que ce n'est pas facile, tu as toujours peur au début. Et puis petit à petit tu perds cette peur et tu arrives au seuil où tu te dis "non, je dois être cohérent avec ma façon de penser, de sentir". Et ainsi je crois que nous sommes tous plus ou moins passés par là. »[3]

 

Le médecin

« A l'intérieur de l'opposition j'ai essayé de me consacrer plutôt au secteur social. Je dirige quelque chose qui s'appelle "Centre de Santé et Droits de l'Homme Juan Bruno Zayas". C'est un groupe de médecins et d'autres personnes qui nous aident à offrir des services de santé à la communauté. Les gens viennent ici ou c'est nous qui allons leur offrir une assistance médicale quand ils en ont besoin. Nous allons aussi dans les quartiers pauvres, comme les albergues, et là-bas aussi on offre des services de santé. »[4]

Salud_y_derechos_Humanos.pdf

« Il y a beaucoup de besoins. Il n'y a pas de médecins, pas de médicaments, même pas l'essentiel. A l'hôpital, il n'y a pas de médecin pour prendre la tension d'un hypertensif, etc. Les choses les plus simples. Cuba exporte plus de 3000 médecins et les retire au peuple, avec des sacs pleins de médicaments de toute sorte. Si maintenant on va dans une pharmacie c'est sûr qu'on ne trouve pas de vitamines, pour ne pas parler de choses plus sophistiquées. »[5]

 

Le sociologue

« Une autre chose que nous faisons, je vais te montrer : Cuba baromètre. Nous faisons des enquêtes sociologiques. Celle-ci sera la cinquième que nous réalisons [...]. Nous avons déjà plus de 6000 ou 7000 réponses. Nous en sortons une tous les deux mois, chaque fois avec un thème différent. Il y a eu une très bonne diffusion par les medias, El Heraldo et quelques chaînes de télévision. La radio aussi, Radio Martí, Rebota, à travers les clippers qu'ils nous donnent dans les ambassades, quelqu'un le voit et le diffuse par les antennes illégales, comme Canal 41 ou Canal 22. Certaines personnes te disent "mais avec ça on ne va pas régler grand-chose", d'autres te disent "tu penses qu'on peut résoudre quelque chose avec ça?", avec espoir. Et voilà, c'est un petit pas, mais extrêmement important parce qu'il nous enseigne des informations qui nous aident à nous resituer. Pendant longtemps l'opposition a fait des projets, des projets qui prétendaient que la population suivrait, mais souvent ces projets ne sont pas en accord avec la façon de se projeter, avec la façon de penser de la population. Ce qui est logique c'est d'abord de connaître les attentes de cette population, comment elle se projette, puis sur cette base établir le projet, et pas l'inverse. » [6]

« On marche et puis "s'il vous plaît vous pouvez nous remplir une enquête ?" [...] Le taux de rejet a été minime, presque nul. Au contraire, les cubains ont besoin d'être écoutés et de pouvoir participer. Pendant 50 ans ils n'ont pas pu le faire. Pendant 50 ans le gouvernement a parlé pour le peuple, l'exil aussi, l'opposition, la communauté internationale. Tout le monde a parlé pour le peuple et le peuple n'a pas pu dire un mot. Alors oui c'est un exercice qui a été très bien accepté parce que les gens se sentent importants, ils sentent qu'ils ont une voix. »[7]

Le résistant

« C'est nous qui dérangeons la sécurité ! Dans notre cas. Parce que nous sommes des emmerdeurs. Et ils se gardent beaucoup d'avoir des problèmes avec nous, parce que quand ils nous ennuient, on devient mauvais, bien durs avec eux. Un jour quelqu'un m'avait peint sur le mur, un jour d'élections, « Vive Fidel ». A l'aube, cachés ils m'ont peint ça. Alors le matin quand je me suis levé je suis juste rentré, j'ai pris un feutre et j'ai écrit encore plus grand « A bas Fidel » et je me suis assis, en attendant. Quand ils sont venus ici nous faire des actes de répudiation, on s'est tenus là et on leur a dit des choses aussi. C'est qu'il faudra nous tuer. »

 

 

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Sin Tierras, Lorenzo Chelleri.



[1] «Lo que aspiro es a que termine todo este sufrimiento y lo antes posible porque hay gente que está en el limite. O sea la comunidad europea espera que Raúl, a ver no sé qué, pero miles de gente que van todos los días entrando a prisión por tener dos pomos de aceite, dos paqueticos de perros. Te desgracian la vida y te ponen 3-4 años. O hay un joven que te arrebata la cadena y es que no tiene otra forma de encontrar tres dólares para comprarse un refresco y tomárselo tranquilo. Y es una situación bien jodida, bien desesperante. Y hay que buscarle solución. No hay tiempo para seguir esperando a ver si Raúl es reformista, si el modelo chino, ¡si el modelo no sé qué! La urgencia, porque incluso Cuba, a la transición democrática donde nos están empujando, es...a un estadillo social. Porque cada día se va perdiendo más esta relación Estado-ciudadano, este contrato social. Cada día se va diluyendo. Las personas se van identificando más cada día el gobierno, el Estado, como el enemigo que te ahoga, y no como esta identidad que regula la vida nacional. Y esto está llevando a la anarquía, al caos, y por supuesto a la opción de un estadillo, de un final trágico después de 50 años de sufrimiento. Y es lo que no quiero. Y esto hay muchas personas que lo ven de modo más pausado, más tranquilo, como si hubiese otras opciones. Yo no lo veo así, porque yo estoy en la calle, él esta en la calle, y hay una gran tensión social. Y hay unas consecuencias debido al fracaso del modelo. ¡El modelo fracaso! Y entonces lo que queremos es eso, ¡como eso cambia! Y para cambiarlo hay que empujar bien duro, no seguir esperando que llegue el de arriba para abajo.»

[2] «Eso hizo que desde que nací siempre estuviera escuchando la realidad de todas las violaciones, las injusticias que se cometían en Cuba. Incluso en mi casa con tremenda frecuencia, yo de niño iba a la policía. "Están molestando a mi Papa", y yo no entendía como mi Papa, un hombre muy querido en el pueblo, lo querían muchos, le hacia favores a todo el mundo, por qué la policía lo hostiga tanto. O sea son traumas de niño[...] De niño chiquitico no entendía bien y yo vivía asustado porque con mucha frecuencia veía a la policía metida en mi casa, se llevaban detenido a mi Papa. Incluso ya yo con más conciencia él estuvo preso por dos años más otra vez por cosas políticas. Y poco a poco fui creciendo, fui entendiendo, fui comparando, fui viendo todo lo antidemocrático de este proceso, lo violatorio de todo tipo de derechos y libertad.»

[3] «Poco a poco después fui conociendo personas de la disidencia, me fui entrando hasta que logre dar el paso. Porque no es fácil, uno tiene miedo siempre, en los primeros momentos. Pues poco a poco fui perdiendo este miedo y va alcanzando el umbral de decir "No,  yo tengo que  ser consecuente con mi forma de pensar, con mi forma de sentir". Y así más o menos creo que nos ha pasado a todos un poco.»

[4] «Dentro de la oposición, yo he tratado de moverme dentro del ámbito social. O sea, yo dirigí algo que llamamos "Centro de Salud y Derechos Humanos Juan Bruno Zayas" Esto es un grupo de médicos, y otras personas que también nos ayudan en lo que ofrecemos servicio de salud en la comunidad. O sea aquí vienen las personas o vamos nosotros a ofrecerles asistencia médica a personas que lo necesitan. También vamos a las villas miserias, o sea a las comunidades pobres como las albergues, y allí también ofrecemos servicios de salud.»

[5] «Pues hay muchas necesidades. No hay médicos, no hay medicamentos, ni siquiera el esencial. En el hospital, un hipertenso no hay médico para tomarse la presión, etc. O sea las cosas más simples. En lo que Cuba exporta más de 3000 médicos y se los quita al pueblo, con las mochilas cargadas de medicamentos de  todos tipos. Si vamos ahora a una farmacia seguro que no hay vitaminas, para no hablar de cosas más sofisticadas.»

 

[6] «Otra de las cosas que hacemos es esto. Ahora te la voy a enseñar. "Cuba barómetro". O sea hacemos encuestas e investigaciones sociológicas. Esta va a ser la quinta que hacemos. [...]Ya hemos tenido más de 6000 o 7000 encuestas. Cada dos meses estamos sacando una, cada una con tema diferente. Ha tenido muy buena divulgación por muchísimos medios, incluso por el Heraldo, los canales de televisión se han haciendo echo. Por las radios también, Radio Martí, Rebota, por los clíper que nos dan en las embajadas, uno lo ve y lo divulga, por las antenas ilegales, digamos Canal 41 y Canal 22. Alguna gente te dice "pero con eso no vamos a resolver mucho", otros te dicen « ¿y tu piensas que con eso se resuelva algo?" con esperanza. Y así, es un pequeño pasito, además muy importante porque eso enseña información incluso para nosotros mismos que vemos cosas allí, que nos ayudan a reenfocarnos. Digamos la oposición llevaba mucho tiempo haciendo proyectos, proyectos que pretendían que la población asumiera, y muchas veces esos proyectos no están en sintonía con el modo de proyectarse, con el modo de pensar de la población. Entonces lo lógico es conocer las expectativas de la población, como se proyecta, para sobre esta base establecer los proyectos, y no al revés.»

[7] «Vamos caminando y "¿por favor nos pueden llenar esta encuesta?" [...] El nivel de rechazo ha sido mínimo, o sea casi inexistente. Al contrario el cubano necesita ser escuchado, de poder participar. En 50 años no lo ha podido hacer. Incluso en 50 años ha hablado por el pueblo el gobierno, pero también el exilio, la oposición, la comunidad internacional. Todo el mundo ha hablado por el pueblo y el pueblo no ha podido decir ni una palabra. Entonces eso es un ejercicio que ha tenido un nivel de aceptación muy grande, porque la gente se siente importante, siente que tiene una voz.»