24.06.2010

Fiers d'être citoyens de Birmanie, la nation d'Aung San Suu Kyi

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"Bonjour,

Aujourd'hui est le jour du 65è anniversaire de Daw Aung Sun Su Kyi. Cela fait bientôt une décennie que nous célébrons cet évènement chaque année, dans le monde entier. Toutefois, la personne concernée a encore dû se le fêter elle-même, dans la solitude de sa résidence surveillée.

Et ils sont nombreux encore, résistants, chefs ethniques, leaders de mouvements étudiants et femmes militantes qui se battent pour leurs croyances, à célébrer leur anniversaire derrière les barreaux, et cela depuis de longues années.

La liberté est le droit fondamental de tout citoyen. Notre leader nationale, Daw Aung Suun Su Kyi, ainsi que les autres prisonniers politiques, sont ceux qui mènent la lutte pour la libération du peuple Birman : le libérer du règne répressif de la junte et restaurer celui de la démocratie et de la participation du peuple.

Po Po.JPGCes leaders, qui se battent si courageusement, ne peuvent pourtant atteindre aucun rêve de liberté sans l'appui et la participation du peuple. C'est pour cela que nous sommes ici aujourd'hui, pour démontrer que nos volontés sont les mêmes, que tous nous souhaitons la démocratie, qui doit garantir au peuple liberté et justice. C'est pour cela que nous célébrons aujourd'hui cet anniversaire, ainsi que les communautés Birmanes aux quatre coins du monde, chacune à leur manière exprimant leur soutien et leur profond respect à Daw Aung Sun Su Kyi.

Soyons fière de cette femme, en tant que leader nationale mais également en tant que femme de Birmanie. C'est pourquoi nous célébrons également en ce jour, jour anniversaire d'Aung Sun Su Kyi, le "Jour de la Femme Birmane".

Et nous sommes fiers aujourd'hui de dire que nous sommes Birmans, citoyen de cette nation dans laquelle vit actuellement Daw Aung Sun Su Kyi. Et je crois que de nombreuses femmes sont également fières d'être Birmanes aujourd'hui, en ce jour spécial.

Une dernière fois, nous exprimons notre respect, notre estime, notre amitié à la lauréate du prix Nobel de la Paix, Daw Aung Sun Su Kyi, qui refuse et combat la dictature par la non violence, mais qui jamais ne se rend ni ne bat en retraite. Nous exprimons notre respect, notre estime et notre amitié à l'ensemble des femmes qui se battent pacifiquement, et nous leur souhaitons de réussir, de reprendre les droits confisqués par l'Etat au peuple de Birmanie. Je leur souhaite de pouvoir enfin relâcher leur étreinte et se reposer. Ainsi je m'incline afin de les honorer, et je termine ici ce discours."

Po Po, directrice adjointe de Grassroots HRE

 

Le 19 Juin 2010, la lauréate du prix Nobel de la Paix et leader du mouvement démocratique en Birmanie, Daw Aung San Suu Kyi, a eu soixante-ans. A Khuk Khak, dans la province de Phang Nga en Thaïlande, et ailleurs dans le monde, les communautés Birmanes ont exprimé à cette occasion leur respect et leur soutien à cette femme devenue une idole, et à celles qui se battent pour la même cause.

Environ quatre-vingt personnes étaient présentes à la modeste cérémonie organisée par Grassroots HRE  ce samedi.

Avant de pénétrer dans la salle principale dans laquelle se déroulera l'évènement, on passe sur une large terrasse où sont distribuées boissons et nourriture : le riz collant traditionnel servi dans une feuille de bananier, accompagné d'un verre de soda rempli de glaçons à ras bords. Devant la porte, le petit groupe de femmes du Women Center ont transporté leur étalage de bijoux, sacs faits main, et vendent pour deux euros un T-shirt à l'effigie d'Aung San Suu Kyi. Sur une table sont disposés des journaux, des livres collectant les témoignages de femmes restées en Birmanie, et un bulletin de vote symbolique destiné à la Junte, demandant la tenue d'élections libres.

P1010498.JPGA l'entrée les gens discutent, mangent et boivent, les enfants leur courant dans les jambes. Du côté du personnel de l'ONG, une certaine agitation se fait sentir : il faut revoir son discours, s'assurer que le rétroprojecteur fonctionne, que le son des micros est bien réglé.

Enfin la cérémonie commence. Je suis assez étonnée, car celle-ci se déroule dans un style plus ludique que solennel et protestataire. Certes, cette année les autorités thaïlandaises n'ont pas autorisé la communauté Birmane à défiler dans les rues comme elle l'avait fait les années précédentes. Certes encore, les discours sont tout de même émouvants et les regards empreints de gravité. Mais pourtant, loin des bancs d'école, c'est l'éducation qui est au cœur. Des diapositives commentées en langue Birmane sont présentées, retraçant la vie de la militante et ses principales actions. Plus tard, un jeu interactif est organisé. Deux animateurs posent des questions au public, en agrémentant leur rôle de petites scènes humoristiques. Ceux qui répondent juste obtiennent en cadeau une petite serviette de bain colorée. Tout le monde participe gaiement, des plus jeunes qui ont dû étudier ces questions en classe, aux parents qui se prennent au jeu et se précipitent sur le micro avec excitation pour obtenir leur récompense. La bonne humeur domine l'atmosphère, les blagues fusent, la connivence entre les générations est surprenante d'évidence.

Avant de mettre fin à l'évènement, les enfants se dispersent dans l'assemblée pour nous offrir des bougies. Nous nous recueillons ainsi quelques minutes autour de ces petites lueurs, qui n'éclairent pas la salle déjà pénétrée de soleil. Les plus jeunes, qui ne peuvent avoir le feu entre leurs mains, ne cessent pas de jouer et on leur intime discrètement de se taire.  On prie. Puis les bougies sont soufflées, la cérémonie est close.

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16.06.2010

En Thaïlande, les jeunes Birmans aussi ont désormais le droit à l'éducation

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Aung Min[1] a une vingtaine d'années, peut-être 21 ou 22 ans. Il a quitté la Birmanie peu après avoir terminé le lycée, et a d'abord travaillé en tant que volontaire dans les camps de réfugiés frontaliers de Mae Sot, au nord de la Thaïlande. Sa famille est restée sur place. Difficile d'apprendre beaucoup à ce sujet, il livre ses informations au compte-goutte. Il a deux sœurs plus âgées que lui, a eu quatre frères, mais tous sont décédés, j'ignore comment. Avant d'arriver en Thaïlande, il ne connaissait rien à la situation politique de la Birmanie, me dit-il en riant. Les droits de l'homme, Aung San Suu Kyi, les élections libres, les camps de réfugiés...tout cela n'existait pas pour l'adolescent et le jeune adulte qu'il était de l'autre côté de la frontière. Passer en Thaïlande, c'est traverser le miroir. Du côté Birman c'est une vitre opaque, fermée sur le monde, où ni You Tube ni Facebook ne signifient un libre accès à l'information globale pour les jeunes, où la presse est muselée, étroitement contrôlée par le Bureau de la censure militaire, et où des groupes de hip hop doivent passer la frontière pour chanter leur contestation, car en Birmanie ils risqueraient jusqu'à quelques 30 années de prison (voir l'exemple du groupe GW http://www.globalpost.com/dispatch/asia/100511/myanmar-ge...).

Après quelques mois dans le Nord, Aung Min a décidé de se rendre dans l'autre région de Thaïlande à forte concentration de population birmane : la province de Phang Nga. Il a travaillé comme stagiaire pendant quatre mois avant d'être engagé par Grassroots HRE. Aujourd'hui, Aung Min gagne 4500 bahts par moi (environ 114 euros), en tant que professeur de Mathématiques pour les élèves birmans de sixième et septième cycle (entre 12 et 13 ans) du centre éducatif baptisé « Youth Outreach ». Il dispense une quinzaine d'heures de cours par semaine aux quelques 22 étudiants, les seuls de toute la communauté Birmane de la région de Phang Nga à atteindre ce stade d'éducation, sur une population totale d'au moins 100 000 migrants. Le reste du temps, Aung Min, accompagne et aide l'équipe dans les différentes activités de l'ONG qui concernent l'éducation : organisation de spectacles par les plus jeunes, sorties collectives, rencontres inter-communautés entre les jeunes Birmans et leurs petits voisins Thaïlandais, compétition sportives, etc. Il est également mon guide les premiers jours, car il parle bien anglais et a du temps en dehors de ses heures de travail.

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Une éducation à deux vitesses

 

Le réseau éducatif mis en place par Grassroots HRE comporte deux crèches, huit écoles primaires et le Youth Outreach, créé tout récemment pour les élèves les plus méritants et les plus motivés.

 

Les écoles primaires, tout comme les deux crèches, me paraissent d'abord manquer cruellement de moyens, et l'éducation ne semble pas dispensée dans les meilleures conditions.  Les professeurs ne sont pas assez nombreux et gèrent deux, voire trois classes en même temps. Les classes ne sont d'ailleurs pas toujours formellement séparées, certaines sont espacées seulement de quelques mètres. Une ou deux écoles disposent de tables et de chaises, mais dans les autres les élèves sont assis par terre et écrivent sur des bancs.

 

L'impression qui domine lorsque nous visitons les différents centres, outre l'accueil extrêmement chaleureux offert par les enfants qui nous accueillent de « Mingalaba » enjoués et de regards remplis de curiosité, est celle d'un certain chaos. Difficile en effet pour les quelques professeurs d'imposer le calme aux trop nombreux élèves. Les enfants qui ne sont pas en train d'écrire courent d'un bout à l'autre, certains sont couchés par terre, d'autres s'amusent à se battre. Dans la crèche, même impression d'agitation permanente, mais plus bruyante encore. Cinquante enfants de deux à cinq ans sont « encadrés » par deux femmes. L'une a une soixantaine d'années, l'autre un peu plus de vingt ans. Les petits parlent, hurlent, courent en tous sens, se battent, se couchent, sautent, se battent. C'est d'autant plus frappant qu'un petit groupe s'est formé autour de la plus  âgée des deux femmes, là les enfants sont assis, attentifs et silencieux. Tour à tour, ils reçoivent de ses mains le talc jaune clair qu'elle leur applique sur la peau. Deux ronds sur les joues, sur le front, sur la nuque, un peu sur les bras. C'est une poudre rafraichissante que beaucoup de Birmans s'appliquent ici pour tenter de réguler la transpiration, d'atténuer la chaleur, parfois si étouffante.

 

Le manque d'effectifs n'est pas le seul problème de ces écoles. Les fonds ont diminué cette année, m'explique Aung Min, et les écoles primaires ne reçoivent plus d'aide pour le déjeuner. Les enfants doivent donc amener leur propre nourriture. Seules les deux crèches reçoivent encore les repas gratuitement de la part d'une association européenne.

 

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Mais un espoir pour les jeunes Birmans de Thaïlande

 

Alors que je visite une classe de premier cycle, Aung Min me fait remarquer que certains élèves sont âgés de dix, onze ans. A cet âge, ils devraient déjà être en 5è cycle, et non pas au milieu d'enfants de 6-7 ans. Ils viennent à l'école pour la première fois.

 

C'est pourquoi, malgré le manque d'effectifs, de moyens, de matériel scolaire, etc. l'opération est un succès au regard de ce qui existait (ou plutôt n'existait pas) avant l'arrivée de Grassroots HRE à Khao Lak.

 

Avant Grassroots, les enfants restaient chez eux ou accompagnaient les parents sur les chantiers de travail. Aujourd'hui, ils sont presque tous scolarisés.

Avant, ils habitaient trop loin pour aller en cours. Aujourd'hui des bus scolaires appartenant à l'organisation se chargent de les conduire chaque matin et de les ramener chaque soir. Dans les communautés trop éloignées, isolées dans les plantations de caoutchouc, des écoles ont été construites récemment.

 

Avant, il n'y avait aucun espoir de voir ces enfants Birmans devenir autre chose qu'ouvriers ou employés de pêcheries, exercer un autre métier que celui éreintant de leurs pères. Aujourd'hui, dans les écoles primaires, et même dès la crèche, on enseigne les bases de l'anglais et du thaï, en plus de la langue birmane. Les nouvelles générations apprennent la langue du pays dans lequel ils vivent, et augmentent leurs chances de réussir leur insertion. Grassroots a même réussi à placer quelques élèves dans des écoles officielles thaïlandaises. Peut-être certains iront-ils jusqu'à l'Université ?

 

Enfin, ces écoles ne sont pas seulement un lieu d'éducation pour les enfants Birmans. Elles sont le nerf central de la communauté en tant qu'espace de rencontres, de discussions et d'échanges pour tous ses membres. Que ce soit à travers les réunions de parents d'élèves organisées trois fois par an, les spectacles, les visites régulières du personnel médical, les rencontres inter-écoles, les mariages célébrés dans le Youth Outreach, l'éducation renforce le tissu de la communauté Birmane de Thaïlande, lui apprend à mieux se connaître elle-même, et à terme, lui donne les moyens de s'intégrer dans sa société d'accueil.

 

Grassroots HRE enseigne aux nouvelles générations l'ouverture, jamais la rancœur et ce, malgré les réticences d'une bonne part de la population Thaïlandaise à l'égard des immigrés Birmans.

Et lorsque les cours s'achèveront à 15 heures, les élèves Birmans se metteront en rangs bien sagement devant leur professeur, et sur un signe de ce dernier ils entonneront en chœur l'hymne national Thaïlandais, puis le Birman.

 

(Photos: http://www.flickr.com/photos/ghre)


[1] Pour des raisons de sécurité, le nom de la personne a été modifié